Portraits

Lire le recueil "Portraits"

Maintenant je suis dans le bus pour Grenade et je pense au retour

Je pleure

Je pleure la fatigue qui s'est accumulée en moi pendant ma route

Je pleure la beauté de Séville et tout ce que j'ai fait

Mon cœur est épuisé

et pourtant c'est comme la mer

oui c'est comme le mouvement des vagues

Je me souviens sur les plages du Portugal

ce que j'aimais

c'était le moment où la vague

s'écrasait contre moi

ce choc énorme qui m'ébranlait jusqu'au fond de mon être

Et je courais vers elles

et les prenais dans la figure

elles étaient fortes et violentes

mais j'en voulais toujours plus

Je vais de lieu en lieu comme j'allais de vague en vague

Je cours vers l'inconnu sans plus sentir la fatigue

et ce que j'aime, c'est le sentir s'écraser sur moi

Arriver dans une ville

rencontrer quelqu'un

et que l’ espace éclate contre moi

et se déploie en retombant lentement

Oui je ne pèse rien

Oui je ne suis rien

face à la puissance de l'inconnu, ce monde qui m'entoure et que

je découvre

mais Vlan

de tout mon corps je me jette contre la vague

Oui je souffre et oui j'ai peur

mais rien ne compte

seule compte cette sensation de rencontrer la vie de plein fouet

et la sentir jusque dans mes entrailles

Aujourd'hui mon cœur est si las

il me semble que mes jambes ne pourront jamais me soulever

il ne me reste plus qu'à faire confiance au monde qui est mer

renverser ma tête en arrière dans cette eau qui m'

entoure

et me laisser porter

Vouloir

ne pas vouloir

vouloir

ne pas savoir

changer

Je voudrais m'arracher la volonté du cœur

et n’ être plus qu’amour et sensation

Mes pensées m'épuisent

mais quand elles ont usé mon corps

fait abdiquer mon cœur

et que mon âme est en morceaux

il reste toujours un filet de voix à tout retourner encore et encore

Ma poitrine cède et je ne fais que pleurer

mais je veux encore !

Je veux voir ce qu'il y a derrière tout ça

je veux voir comment me portera le monde

et le courant qui m'entoure

Je veux rencontrer Dieu dans et par Jésus

Je veux sentir encore

Je veux souffrir encore et me réjouir et aimer

Je veux ma vie de nomade

Je veux l'épuisement complet de mes facultés et il ne restera

que l'essence de mon âme

Je veux la route je veux le bus

Je veux la souffrance et la difficulté

Je veux la beauté et la paix

Je veux le mouvement des vagues !

le mouvement autour de moi

Je veux être légère encore et de plus en plus simple

et perdre mes affaires

Je veux la fatigue qui me lavera de tout

Je veux les bras de Dieu

Je veux marcher encore

Encore le mouvement des vagues

Encore la vie de plein fouet

*****

Une autre fois

J’ étais dans un bar à Minneapolis

Après une longue route

J’ avais faim

Mais je chérissais ma faim

Qui était pleine de songes

C’était le soir

Et sous des lampes vertes

Des hommes jouaient au billard

Et il y avait parmi eux un Indien

Le menton large, la mâchoire carrée

La peau brûlée

Ses cheveux étaient réunis dans son cou

Lisses comme de l’eau et je ne savais plus

S’il était repoussant ou non

Une vieille guitare résonnait dans une enceinte,

Une vieille voix

Il pleuvait dehors et je voulais partir

Mais je ne pouvais pas

Les boules rebondissaient avec fracas

Mes cheveux gouttaient sur mes mains

L’ Indien partait d’un rire gras

Et lentement j’ épluchais

Une clémentine qu’un enfant sur la route m’ avait donnée